There’s a westbound wind
Blowing through the ridge again
You can stay in, or go outside
And wait for it to die
But either way, it never ends

—“The Ridge” de Julian Taylor

Notre passé est toujours présent. Même quand nous tentons de laisser de vieux souvenirs derrière nous, ils reviennent de façon inattendue et inimaginable. Comment ou pourquoi ces bribes de notre histoire personnelle se révèlent à nous diffère d’une personne à l’autre. Pour Julian Taylor, l’étincelle qui a donné le coup d’envoi à son périple de contemplation nostalgique a été la mort.

Julian Taylor Pas la mort d’une personne, mais la perte de presque tout le côté de sa mère — deux tantes, son grand-père, et sa grand-mère par alliance — en un très court laps de temps. Pour arriver à gérer ces deuils, l’auteur-compositeur-interprète a dicté dans son téléphone une série de messages destinés à ces femmes qui ont pris soin de lui quand il était enfant. Ces missives numériques sont devenues la charpente de The Ridge. Ces nouvelles chansons ont été enregistrées au studio The Woodshed (appartenant à Blue Rodeo et situé au centre-ville de Toronto) et lancées le 19 juin en l’honneur de l’anniversaire de sa grand-mère et Juneteenth, alias le jour de l’Émancipation, aux États-Unis.

Doucement acoustique, ce qui est une nouvelle sonorité pour celui qui, au cours des dernières années avec le Julian Taylor Band (qu’il décrit comme « des pèlerins du funk, du soul et du roll »), The Ridge a dépassé le cap des 300 000 écoutes sur Spotify, encensé pas la critique partout en Amérique du Nord (incluant un article dans American Songwriter), en plus de tourner beaucoup sur les ondes de la BBC 2 et sur plus de 70 stations en Australie et, comme si ce n’était pas assez, il a aussi été encensé par ses pairs, dont notamment William Prince, AHI et Rhett Miller (du groupe Old 97s). Taylor prend tout ça comme une leçon d’humilité, lui qui est aussi l’animateur d’une émission du retour sur la station ELMNT-FM de Toronto, réputée pour son ouverture aux communautés autochtones, et qui a également été choisi pour siéger sur un comité consultatif de la Toronto Blues Society.

« Je tape sur le mur depuis longtemps », dit-il. « Tu lances quelque chose pour le partager avec le monde entier et tout ce que tu peux faire, c’est espérer que les gens vont aimer ça. »

“Le “ridge” [ndt : arête, crête] est comme une coupure, une chose qui me divise en deux”

Si ça plaît aux gens, c’est parce que ses chansons touchent son auditoire par le biais de thèmes universels auxquels ils s’identifient. Certaines abordent des thèmes comme l’espoir et l’amour (« Human Race », « Ola, Let’s Dance »), mais la plupart posent un regard sur notre place dans l’univers. Quant à la manière dont ses chansons touchent les gens, Taylor nous donne l’exemple d’un cultivateur noir du Midwest américain qui lui a dit à quel point « The Ridge » est important pour lui parce qu’il détruit le mythe que tous les noirs vivent en ville.

Les critiques ont souligné à quel point The Ridge est à la fois original et « vintage ». « Tous mes albums sonnent comme ça », dit Taylor. « J’ai pas mal tout le temps un pied dans le passé et un pied dans l’avenir. »

Commettre ces textes et ces mélodies sur un enregistrement a eu un effet thérapeutique, par ailleurs. Taylor tente visiblement de guérir une cicatrice invisible, une réalisation qui a marqué l’existence du musicien depuis son enfance : le fait qu’il est un « outsider ». C’est particulièrement vrai sur la pièce titre.

« Les gens me demandent souvent quelle est la signification de The Ridge », nous confie l’auteur-compositeur. « En premier, ça fait référence à Maple Ridge, la version courte du nom du lieu où je passais mes étés quand j’étais jeune. Mais c’est aussi une métaphore. Le “ridge” (ndt : arête, crête) est comme une déchirure, quelque chose qui me divise en deux, non seulement d’un point de vue émotionnel, mais d’un point de vue social en tant que personne noire et autochtone qui a grandi dans un environnement majoritairement blanc. »

« The Ridge parle de la douleur qu’a causé et laissé en moi la perte de tous ces êtres chers en si peu de temps », confie-t-il. « Ça parle aussi de cette déchirure et mon sentiment de non-appartenance. »

Taylor a commencé à écrire et à chanter à l’adolescence. Il est depuis un pilier de la scène musicale torontoise et il raconte sur « Ballad of a Young Troubadour » ses premiers pas alors qu’il cherchait encore sa propre voix. C’est à la fin des années 90 et au début des années 2000 qu’il connaîtra le succès et obtiendra un contrat de disques chez Warner Music Canada en tant que leader du groupe Staggered Crossing et plus récemment avec son Julian Taylor Band. Mais malgré son affiliation avec ces deux groupes, Taylor affirme qu’il s’est toujours considéré comme un auteur-compositeur-interprète avant tout.

Et malgré qu’il soit reconnaissant du succès que connaît son album, Taylor a beaucoup de difficulté a gérer la pandémie de COVID-19 et ce que nous réserve l’avenir. « Ça fait quatre mois que je n’ai pas dormi », avoue-t-il. « J’ai peur de plein de choses. Cette période ne ressemble à rien de ce que j’ai vécu avant. C’est difficile à expliquer. J’ai peur pour l’avenir de l’industrie de la musique et de l’industrie de l’hospitalité… J’ai peur pour la prochaine génération. Vont-ils devenir une génération de “germophobes’ ? Comment apprend-on aux gens à ne pas se toucher mutuellement ? Ça n’a aucun sens ! »

Aucun d’entre nous n’a de réponse aux questions rhétoriques de Taylor ni ne sait quand cette pandémie sera vraiment terminée, mais au moins nous avons ses chansons. Et, pour l’instant, c’est suffisant pour nous aider à guérir.



On a summer night in Cleveland (the one in Québec’s Eastern Townships), a bunch of friends light up a few fireworks – the kind you find in roadside stores. Among them is Poirier, the veteran Montréal-based electronic music producer. While watching the ignition process with his daughter, the man, whose first name is Ghislain, has an epiphany: what he’s looking at is the cover of his eleventh album, Soft Power.

Poirier, Soft Power“The image was shot with an iPhone!” says the musician, with the same enthusiasm that he felt that night. “I didn’t have my phone on me, so I told Mani [Soleymanlou, a theatre actor and Poirier’s friend]: ‘Take a picture of this. I think it’s my album cover!’ I like the slightly random aspect of the photo, and yet you can give it meaning. A flame in the middle of the night fits with Soft Power. It also fits with my work: fireworks that you buy and light yourself, you can find that everywhere. That image has an extremely local aspect, but there’s also something universal about it. [He pauses and starts laughing] I never thought I’d say something so deep about fireworks!”

Local and universal: those adjectives also happen to best describe the man and the music he’s been creating for more than 20 years, a mix of influences from all over the world – Brazilian, African, Caribbean – that have ultimately become typical of the diversity of his hometown of Montréal.

Generally motivated by his desire to set the dancefloor on fire, this is Poirier’s first album where he’s creating songs in the more traditional sense, with verses, choruses, and heady melodies to boot. His list of guest singers reads like a playlist for the most suave of happy hours: Flavia Coelho, Flavia Nascimento, Boogat, Samito, and Mélissa Laveaux. “I do consider it a song-based album,” he says. “I wanted young children to be able to hum along. I would even say it’s an album of chanson Québécoise!”|

Be that as it may, it’s still light-years away from the likes of Paul Piché, or Vincent Vallières. “Sure, but for me this album is a point of view,” says Poirier. “I’ve always seen myself as a bridge between communities, cultures, and types of music. So my point of view is that even though there are no songs in French on the album, it’s an album of Québécois songs. My world view is typically Québécois. And the hub at the centre of it all is Montréal.”

At a time where we grow increasingly aware of cultural appropriation, such hybridization demands respect for other cultures, and awareness of the limitations and pitfalls of such a position, when the person behind it is a white, Francophone man.

“I’ve been aware of this for 15 years, but Québec has only become aware of it in the last two years,” says Poirier. “When I released soca songs in 2009, and I was interviewed by Trinidadians from Toronto, do you not think they questioned me about it?”

And what did he tell them? “I told them I’d done my homework,” he says. “[Playwright] Robert Lepage didn’t do his homework. And he didn’t take notes when he did his remedial class. You have to listen. If we go back to my analogy to a bridge, you need to know where the banks of the river are to build a bridge. You must be genuinely interested! But that doesn’t mean you have to walk around in a boubou…”

Writing Tips
“When I’m working on a song, I often find it hard to listen to it with fresh ears. What I like to do is crank up the volume to 11 and go into the next room over in the house. I look out the window while I listen to it. When you do that, whatever’s wrong with the song becomes instantly obvious.”

In titling his album Soft Power, Poirier also refers to his new rapport with his work, which has been obviously, transformed by the fact that he’s now the father of a three-year-old daughter. “I’ve understood that work is not the only thing that defines us,” admits the self-confessed recovering workaholic. He wants us to re-acquaint ourselves with the old-fashioned value that is ennui.

Isn’t it a little strange that a musician wants his audience to feel ennui? “What I mean is that there’s power in restraint,” says Poirier. “We live in an era where people have become unable to be bored or contemplative. I don’t mean my album is incomplete, but I want it to have space for people to inhabit it. Good stories aren’t the ones where everything is said.”



Uptown Boyband straddles multiple worlds. The Toronto-based trio is equal parts dancey K-pop,  infectious rap, and catchy trap beats.

Named after the area of Toronto where they grew up, UBB is singers Joe Rascal and Roc Lee, who first met in their high-school breakdancing club, and rapper Justin Trash, who they later met through a mutual friend.

The band’s duality is well-represented on their debut album, Club Ubb, which will be released later this year. Split into two sides, on Heartthrob the trio embraces their poppier sound, while the other half, Heartbreak, is full of hard-hitting trap anthems, like their latest single “Kult Freestyle.” “We wanted to create a record that was a blend of all of our influences. We didn’t want to restrict ourselves sonically,” says Lee.

In 2016, they added the word “Boyband” to their name as a way to reference and subvert the image of K-pop. The trio, who all have Korean roots, grew up listening to K-pop groups like Big Bang and 1tym, and were heavily inspired by H.O.T.  But unlike perfectly-coiffed groups like BTS, they also have facial piercings and tattoos, and bring “sprinkles of grunge and punk” into their music.

Although K-pop is one of the most popular genres in the world, there aren’t a lot of homegrown bands in Toronto – at least not yet. “From our experience there doesn’t seem to be a big scene, but it’s slowly growing, and we’re honoured to be a part of it,” says Rascal. The trio didn’t have a lot of other mainstream Asian-American and Asian-Canadian artists to look up to while they were younger, an experience that now pushes them creatively.

“The lack of representation helped us create our own path without any restrictions,” says Trash. “There was no rule book, so we want to be the role models we never had.”